C’est en tout cas l’ambition du gouvernement fédéral, et plus particulièrement du ministre des pensions Jan Jambon (N-VA). Bien qu’ayant des ambitions intéressantes, la réforme belge des pensions 2025‑2029 comporte néanmoins plusieurs mécanismes comme les malus, un nouveau bonus ou une limitation d’indexation des pensions élevées, qui pourraient réduire significativement le montant de la pension de nombreuses personnes et accentuer certaines inégalités sociales à moyen et long terme.
Contexte de la réforme et principales mesures
Le gouvernement a acté une réforme structurelle pour la période 2025‑2029, avec une mise en œuvre progressive à partir de 2026‑2027. La déclaration officielle insiste que la réforme s’appuie sur trois principes : pension légale adéquate, renforcement du lien entre carrière professionnelle et droits à pension, et harmonisation des régimes salariés, fonctionnaires et indépendants. L’objectif affiché est de garantir la soutenabilité financière du système tout en incitant la population à travailler plus longtemps et de manière continue. La progressivité des mesures et le respect des droits déjà acquis sont présentés comme des garde‑fous pour limiter les effets abrupts sur les personnes proches de la retraite.
Plusieurs volets touchent directement le montant de la pension ou les conditions d’accès. Il y a tout d’abord le malus de pension, qui est un système de réduction du montant de la pension en cas de départ avant l’âge légal (ou augmentation moindre en cas de départ après), avec un taux qui doit tendre vers 5% par année d’anticipation. Il y a ensuite le nouveau bonus de pension, qui remplacera celui de 2024-2025, qui sera destiné à récompenser le travail au‑delà de certaines conditions de carrière. La réforme introduit également une assimilation des périodes de maladie qui a été corrigée après avoir fait l’objet d’une polémique importante, le correctif permet désormais aux périodes de maladie de longue durée de rester assimilées de manière plus favorable dans le calcul. Enfin, la réforme introduit une indexation différenciée, qui limiterait l’indexation pour les pensions plus élevées au delà d’un certain seuil, pour ces dernières la hausse automatique de 2% serait remplacée par un montant forfaitaire, alors que les petites pensions restent pleinement indexées. Ces mesures doivent encore, pour certaines, être définitivement votées et publiées au Moniteur belge, ce qui crée une forte incertitude chez les futur·es pensionné·es.
Effets, enjeux et risques sur les moyen et long termes
De nombreuses analyses signalent que la combinaison malus/nouveau bonus et règles de carrière pourrait se traduire par des baisses de pension de l’ordre de plusieurs centaines d’euros mensuels pour certaines personnes, en particulier celles qui partent avant l’âge légal ou n’atteignent pas les nouvelles exigences de carrière complète. Bien que l’ampleur de la perte dépendra du profil de chacun·e : interruptions de carrière, travail à temps partiel, périodes de maladie ou de chômage, transitions entre statuts (salarié, indépendant, fonctionnaire) sont autant de facteurs de vulnérabilité.
La réforme pourrait également accentuer les inégalités, déjà persistantes, avec un écart important entre les pensions des femmes et celles des hommes, de l’ordre de 17% (1 836 € contre 2 223 € en moyenne). Or, les carrières discontinues, le temps partiel, les interruptions pour soins ou les périodes de maladie, plus fréquentes chez les femmes, les personnes en mauvaise santé ou les groupes précarisés seront précisément les groupes que le nouveau système risque de pénaliser davantage s’ils ne sont pas correctement assimilés. Dans un contexte où le système de protection sociale belge est déjà largement décrit comme étant transformation préoccupante , ces évolutions peuvent être perçues comme un déplacement des risques vers les individus plutôt que comme un renforcement de la solidarité intergénérationnelle.
Les autorités fédérales ont demandé au Bureau fédéral du Plan de calculer l’impact global de la réforme à l’horizon 2040, 2050 et 2070, signe que les enjeux se situent clairement sur le long terme. Les critiques soulignent toutefois plusieurs dangers potentiels : baisse de confiance dans le système, sentiment d’injustice pour celles et ceux qui n’ont pas la possibilité de travailler plus longtemps, complexification des règles et opacité pour les citoyen·nes.
À moyen terme, la réduction potentielle de la pension pour des groupes déjà fragilisés peut accroître la pauvreté des personnes âgées, en particulier des femmes seules, des migrant·es et des personnes ayant connu des carrières fragmentées. À long terme, si les écarts de pension se creusent, la réforme risque de renforcer les inégalités structurelles plutôt que de les corriger, ce qui pose un problème majeur du point de vue des politiques de diversité, d’inclusion et de cohésion sociale.