Nouvelle stratégie européenne pour l’égalité des genres : agir pour une meilleure représentation des femmes dans les espaces civiques

Le 5 mars dernier, la Commission a publié sa stratégie en faveur de l’égalité de genre 2026-2030. Quatrième texte du genre, cette production constitue le plan d’action de l’Union européenne en matière d’égalité femme-homme. Au travers de 8 priorités d’action, l’UE vise à se maintenir comme première région du monde en matière de droit des femmes en répondant aux nouveaux enjeux contemporains, notamment en matière numérique et de présence féminine dans les institutions de pouvoirs. 

Une union européenne qui va dans la bonne direction, trop lentement

C’est en 2010 que l’Union européenne s’est dotée pour la première fois d’une stratégie structurée en matière d’égalité de genre. Depuis, l’Institut européen pour l’égalité de genre observe une progression régulière de l’égalité dans l’UE.

L’Indice d’égalité de genre 2025 produit par l’Institut européen pour l’égalité de genre attribue à l’UE un score général de 63,4 sur 100, soit une progression de 10,5 points depuis 2010. Toutefois, si l’on s’en tient au rythme actuel, l’égalité complète ne serait atteinte que dans plus de 50 ans d’après ce même Institut.

En regardant plus en détail, le secteur de la santé semble être la catégorie où le genre provoque le moins de distinctions, avec un score de 86,2. Ce chiffre est néanmoins loin d’être satisfaisant puisqu’il est exactement le même depuis la dernière étude en 2020, ce qui fait du secteur de la santé la seule catégorie présentant une stagnation sur 5 ans.

Du côté de la représentation des femmes dans les positions de pouvoir, l’UE en avait fait une priorité de sa stratégie de 2020 en assurant vouloir atteindre la parité dans ses propres rangs et en adoptant en 2022 une directive visant à atteindre l’égalité femme-homme dans les conseils d’administration.

Comme en témoigne l’indicateur « Power » de l’Institut, ces décisions n’ont pas été vaines, mais les améliorations restent trop marginales pour constituer une avancée significative. En effet, malgré un score en constante hausse depuis 2010, de 17,6 à 40,5, la catégorie « Power » est toujours celle qui se voit attribuer le plus bas score de tous les indicateurs de l’Institut. La représentation au sein du Parlement européen est très loquace en ce sens : seulement 277 femmes pour 441 hommes ont accès aux sièges du bâtiment Louise-Weiss. En termes de proportion, les élections de 2024 ont donné lieu à la première diminution depuis 1979.

Ces données mettent en évidence la persistance d’écarts entre les principes d’égalité et leur réalisation concrète.

Les attentes autour de la nouvelle stratégie européenne 2026-2030 sont d’autant plus grandes qu’elle s’inscrit dans un contexte où plusieurs études récentes soulignent une perméabilité accrue des jeunes générations aux discours misogynes ainsi qu’une dégradation des espaces civiques numériques, vecteurs de ces discours discriminants.

La stratégie de l’UE en matière de numérique et d’accès des femmes aux positions de décisions

Une présence accrue des femmes dans les positions de pouvoir constitue un objectif prioritaire, car elle peut favoriser une meilleure prise en compte de leurs droits et des décisions plus adaptées pour lutter contre la misogynie. Dans ce contexte, garantir un espace numérique exempt de barrières à leur pleine participation citoyenne devient un enjeu essentiel.

Pour répondre à ces enjeux, la nouvelle stratégie européenne pour l’égalité de genre s’articule autour de 8 priorités :

  1. L’absence de violence fondée sur le genre
  2. Des normes élevées en matière de santé
  3. Autonomisation économique et égalité de rémunération
  4. Équilibre entre vie professionnelle et vie privée
  5. Éducation et formation inclusives
  6. Participation à la vie publique et politique
  7. Intégration transversale de la dimension de genre dans les politiques de l’UE
  8. Égalité de genre dans l’action extérieure de l’UE

La lutte contre le sexisme dans les espaces numériques

Pour la période 2026-2030, l’Union européenne prévoit de renforcer la protection des femmes dans l’espace numérique, en ciblant en priorité la cyberviolence. Celle-ci est désormais reconnue comme un enjeu majeur, à la fois pour les droits fondamentaux et pour le bon fonctionnement de la démocratie.

La directive sur la lutte contre la violence à l’égard des femmes constitue le principal levier, en criminalisant plusieurs formes de violences en ligne, telles que le partage non consenti d’images intimes, le cyberharcèlement ou la traque numérique.

En parallèle, l’UE entend mieux encadrer les plateformes numériques, notamment via le règlement sur les services numériques (DSA), et développer des lignes directrices pour limiter les risques systémiques liés aux contenus violents ou discriminatoires.

La stratégie accorde également une attention particulière aux enjeux liés à l’intelligence artificielle, notamment aux deepfakes pornographiques qui touchent très majoritairement les femmes. Des actions sont prévues pour renforcer la régulation, améliorer les mécanismes de signalement et protéger les publics les plus vulnérables, en particulier les jeunes filles.

Enfin, des mesures de prévention et d’éducation sont envisagées, incluant un plan d’action contre le cyberharcèlement et des travaux sur l’exposition des jeunes, notamment des garçons, à certains discours en ligne.

Favoriser l’accès des femmes aux positions de décision

Dans le domaine politique, des actions sont prévues pour renforcer la sécurité des candidates et des élues, notamment face aux violences et à la désinformation, ainsi que pour soutenir leur engagement à travers des dispositifs de mentorat, de formation et de mise en réseau. Des outils de suivi et de transparence seront également renforcés afin de mieux mesurer la représentation des femmes dans les institutions.

Sur le plan économique, la stratégie s’appuie sur la mise en œuvre de la directive sur l’équilibre femmes-hommes dans les conseils d’administration, tout en cherchant à améliorer l’accès des femmes au financement et à l’investissement. Des initiatives spécifiques sont également prévues pour soutenir la place des femmes dans la recherche, l’innovation et l’entrepreneuriat. L’ensemble de ces actions s’inscrit dans une volonté plus large de promouvoir un accès plus équilibré aux responsabilités, y compris au sein des institutions européennes elles-mêmes.

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