Le masculinisme et la montée des idéologies traditionalistes

Alors que le Haut Conseil à l’égalité (HCE) identifie une « menace masculiniste » dans son rapport 2026, des chercheurs du CEVIPOF (Sciences Po) et de l’UQAM montrent que ce mouvement dépasse largement le sexisme ordinaire. Porté par des influenceurs qui ont fait du ressentiment masculin un modèle économique, il sert de porte d’entrée vers des idéologies réactionnaires plus larges et pose un véritable défi démocratique.  

Un mouvement politique, pas seulement sexiste 

Le masculinisme est fréquemment assimilé à une forme exacerbée de machisme. Pourtant, pour Tristan Boursier (docteur associé au CEVIPOF, Sciences Po) et Océane Corbin (doctorante à l’UQAM), cette interprétation demeure réductrice. En s’appuyant sur les travaux de Christine Bard, ils décrivent le masculinisme comme un mouvement affirmant défendre les intérêts des hommes dans une société jugée « gynocentrée », c’est-à-dire supposément dominée par les femmes. Dès lors, le masculinisme ne se limite pas à une contestation du féminisme : il traduit une remise en cause plus profonde du principe d’égalité, perçu comme une menace pour l’ordre social et les rapports de genre traditionnels. 

Les chercheur·euses soulignent une distinction fondamentale : le sexisme valorise les rôles de genre traditionnels, tandis que la misogynie manifeste une hostilité explicite envers les femmes qui s’en écartent. Quant à l’antiféminisme, il politise cette hostilité : il constitue un contre-mouvement organisé qui s’oppose ouvertement aux avancées des droits des femmes, en mobilisant des arguments fondés sur le déterminisme biologique ainsi que des rhétoriques de victimisation masculine. 

Les données du HCE dans son rapport 2026 sur le sexisme en France sont sans équivoque : 60 % des hommes estiment que les féministes ont des demandes exagérées et voudraient avoir plus de pouvoir que leurs concitoyens.  

La manosphère ou la route vers la radicalisation 

Selon le baromètre du numérique 2026, 90 % des 13-17 ans utilisent régulièrement les réseaux sociaux et y passent en moyenne près de trois heures par jour. Le rapport du HCE établit un lien entre l’usage de TikTok et de X et des niveaux plus élevés de sexisme hostile chez les jeunes hommes. 

Ces discours reposent sur des ressorts émotionnels particulièrement performants dans l’économie de l’attention : colère, ressentiment, peur du déclassement, sentiment d’injustice. Les contenus les plus polarisants sont aussi ceux qui circulent le mieux 

Le principal constat formulé par les chercheur·euses du CEVIPOF est que les discours masculinistes dépassent aujourd’hui largement les frontières de la manosphère et constituent de véritables portes d’entrée vers d’autres formes de radicalité, notamment le recours à des actes de violences.  

Lutter contre le masculinisme : un enjeu démocratique 

Le masculinisme prospère en s’appuyant sur des fragilités réelles qu’il détourne au service d’une idéologie de la domination. Face à ce phénomène, plusieurs pistes d’action émergent. 

La première réponse passe par l’éducation : à la maison, en évitant les stéréotypes de genre dès l’enfance, et à l’école, en renforçant l’éducation à l’égalité et au respect. 

 La deuxième concerne les plateformes numériques, en limitant la diffusion des contenus masculinistes à travers une meilleure modération des algorithmes et des publications. 

Face à cette progression, une réponse politique adaptée apparaît comme des leviers essentiels pour prévenir les formes de radicalisation.  

 

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