Élections à Chypre : la montée de l’extrême droite recompose le paysage politique

À Chypre, les élections législatives du 24 mai 2026 ont été marquées par une progression historique de l’extrême droite. Avec près de 11 % des voix, le parti ELAM s’impose comme troisième force politique du pays. Un résultat qui reflète les tensions autour des migrations, de l’identité nationale et de la défiance envers les partis traditionnels.  

Une extrême droite en forte progression 

Les élections législatives à Chypre ont eu lieu ce 24 mai 2026. Le Rassemblement démocratique (DISY, centre droit) est arrivé en tête des élections législatives chypriotes avec 27,1% des voix, devant le Parti progressiste des travailleurs (AKEL, gauche) à 23,9%. Mais le principal évènement du scrutin reste la percée du Front populaire national (ELAM), formation d’extrême droite qui atteint 10,9% des suffrages et obtient 8 sièges au Parlement. 

Créé en 2008 comme branche chypriote du parti grec néonazi Aube dorée, ELAM a quasiment doublé son score par rapport au précédent scrutin. Longtemps marginal, le parti s’est progressivement imposé dans le débat public autour d’un discours mêlant nationalismehostilité aux migrations et rejet de tout compromis sur la réunification de l’île divisée depuis 1974. 

Migration et insécurité identitaire au cœur des élections  

La progression d’ELAM s’explique largement par la montée des tensions autour des questions migratoires. Depuis plusieurs années, les arrivées de personnes migrantes via la « ligne verte » séparant la partie nord occupée par la Turquie et la République de Chypre alimentent les débat politique. L’extrême droite chypriote présente ces flux comme une menace existentielle et accuse la Turquie d’instrumentaliser les migrations contre Chypre. Ce discours, autrefois marginal, s’est progressivement normalisé dans une partie de la droite traditionnelle.  

La situation économique du pays contribue également à cette radicalisation. Hausse du coût de la vie, défiance envers les élites politiques et sentiment d’impasse sur la question chypriote nourrissent un vote de contestation. Deux nouveaux partis antisystèmes ont d’ailleurs fait leur entrée au Parlement, illustrant l’affaiblissement des formations traditionnelles.  

Un Parlement fragmenté et des équilibres fragilisés 

Même si Chypre fonctionne sous un régime présidentiel, le président n’a pas besoin d’une majorité parlementaire pour gouverner. Mais la nouvelle composition de la Chambre pourrait compliquer l’adoption des réformes et du budget. Le président Níkos Christodoulídis sort affaibli du scrutin, plusieurs partis centristes qui le soutenaient n’ayant pas franchi le seuil nécessaire pour entrer au Parlement. Dans un contexte de fragmentation politique croissante, les compromis devraient devenir plus difficile à construire.  

Malgré cette progression, Chypre reste globalement un pays pro-européen, ELAM lui-même ne défendant pas une sortie de l’Union européenne. Mais son ascension témoigne des tensions qui traversent aujourd’hui les démocraties européennes.  

Cette situation est particulièrement sensible alors que Chypre assure jusqu’au 30 juin 2026 la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne. 

Une tendance qui dépasse le cas chypriote 

La progression d’ELAM s’inscrit dans une dynamique plus large observée à travers l’Europe. De l’Allemagne à l’Italie, en passant par la France ou les Pays-Bas, les partis d’extrême droite gagnent du terrain en capitalisant sur les inquiétudes liées aux migrations, aux coûts de la vie et au sentiment de perte de contrôle démocratique. 

Le cas chypriote illustre aussi le déplacement progressif de la fenêtre d’Overton : des discours auparavant considérés comme extrêmes gagnent en légitimité et deviennent progressivement acceptables dans le débat public. À Chypre, les thématiques portés historiquement par ELAM (fermeture des frontières, lien entre immigration et menace sécuritaire, rejet du multiculturalisme) ont peu à peu été reprises par d’autres acteurs politiques. Cette évolution soulève des inquiétudes sur la stigmatisation croissante des personnes migrantes et le recul des discours inclusifs dans l’espace européen. 

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