Entré en application le 12 juin, le Pacte européen sur la migration et l’asile marque un tournant dans la politique migratoire de l’Union européenne. Si ses défenseurs mettent en avant une gestion plus efficace des demandes d’asile, de nombreuses organisations dénoncent un durcissement des politiques migratoires, donnant lieu à des mobilisations citoyennes, notamment en Belgique.
Une réforme qui accélère les procédures d’asile
Après plusieurs années de négociations, le Pacte européen sur la migration et l’asile est entré en vigueur le 12 juin 2026 dans l’ensemble des États membres. Il réforme en profondeur la gestion des demandes de protection internationale en harmonisant les procédures aux frontières extérieurs de l’UE.
Parmi les principales nouveautés figurent un filtrage obligatoire des personnes arrivant irrégulièrement aux frontières, l’instauration de procédures accélérées pour certaines demandes d’asile et la création d’une liste européenne commune de « pays d’origine sûrs ». Les ressortisant·es de ces États « sûr », dont le Bangladesh, le Maroc, la Tunisie, l’Égypte et l’Inde font partie, verront désormais leur demande examinée selon une procédure plus rapide avec une présomption selon laquelle leur pays offre une protection suffisante.
Le Pacte élargit également la notion de « pays tiers sûr », permettant aux États membres de déclarer certaines demandes irrecevables lorsqu’une personne a transité par un pays considéré comme suffisamment sûr ou lorsqu’un accord existe avec celui-ci.
Pour la Commission européenne, ces nouvelles règles doivent permettre de mieux gérer les arrivées, d’accélérer les décisions et de renforcer la solidarité entre les États membres.
Des garanties individuelles fragilisées ?
Si le Pacte affirme maintenir le respect du droit d’asile et du principe de non-refoulement, plusieurs organisations de défense des droits humains dénoncent un recul des droits des migrant·es. L’accélération des procédures fait craindre un examen moins individualisé des situations, alors même que certaines personnes peuvent être exposées à des persécutions malgré leur nationalité. Une femmes victime de violence, une personne LGBTQIA +, un·e journaliste ou un·e opposant·e politique, peuvent, par exemple, être menacé·es dans un pays pourtant considéré comme « sûr ».
Les critiques portent également sur l’élargissement de la notion de pays tiers sûr, qui pourrait conduire à transférer des demandeur·euses d’asile vers des États avec lesquels ils ou elles n’entretiennent parfois que des liens très limités. Si les textes prévoient des garanties juridiques, les ONG redoutent une externalisation croissante de l’asile vers des pays où la protection effective des droits fondamentaux restent difficile à contrôler.
À cette réforme s’ajoute un futur règlement européen sur les retours, en cours d’adoption, qui prévoit notamment une reconnaissance mutuelle des décisions d’éloignement entre États membres, un recours plus large à la rétention et la création des « hubs de retour » dans des pays tiers. Pour de nombreuses associations, cette évolution marque un renforcement assumé de la logique sécuritaire au détriment de la protection des personnes exilées.
En Belgique, la campagne « No ICE in Belgium » dénonce une banalisation des politiques d’expulsion
En Belgique, l’entrée en vigueur du Pacte intervient dans un contexte de forte contestation des politiques migratoires. La campagne No ICE in Belgium établit un lien entre le Pacte européen, le futur règlement sur les retours et plusieurs projets de loi belges, dont celui autorisant les visites domiciliaires visant à arrêter des personnes sans titre de séjour.
Les opposant·es dénoncent une logique commune : multiplication des expulsions, recours accru à la détention, externalisation des politiques migratoires et restriction progressive des garanties juridiques. Iels alertent également sur le risque de banalisation de mesures longtemps considérées comme incompatibles avec le respect des droits fondamentaux. Une vaste campagne d’affichage a ainsi été organisée dans une quinzaine de villes belges pour interpeller les parlementaires, sensibiliser le grand public aux conséquences de ces réformes et appeler à la mobilisation citoyenne.
Face aux tensions politiques autour des questions migratoires et à la progression des parties d’extrême droite dans plusieurs États membres, les institutions privilégient de plus en plus des réponses centrées sur le contrôle des frontières, l’accélération des procédures et l’augmentation des retours. Pour leurs défenseurs, ces réformes doivent restaurer la crédibilité du système européen d’asile et éviter des situations de blocage. Mais elles témoignent surtout d’un déplacement progressif des priorités où la protection des frontières prend le pas sur la protection des personnes.