Crise à Ceuta : entre instrumentalisation politique et ingérence étrangère

Le 1er août dernier, environ 70 000 personnes migrantes ont afflué à Ceuta, provoquant panique et déclarations politiques explosives chez de nombreux dirigeant·es européen·nes.  Cet évènementremis au premier plan des discours racistes autour de la migration au détriment de la réalité des faits. 

Ceuta : Vestige de l’Espagne coloniale en Afrique  

Ceuta est aujourd’hui une enclave espagnole d’environ 19km2 au nord du continent africain qui regroupe environ 83 600 habitant·e·s.  Sous administration espagnole depuis plusieurs siècles, l’existence de cette enclave s’inscrit dans l’histoire de l’occupation coloniale espagnole en Afrique du Nord.  Depuis l’indépendance du Maroc en 1956, les relations entre les deux pays sont régulièrement mises à l’épreuve, que cela soit par rapport au Sahara occidental ou encore à Ceuta que l’état marocain revendique toujours.

Bien que faisant partie de l’UE, l’enclave espagnole jouit de  règles particulières l’excluant notamment de l’espace Schengen. Malgré cela, des Etats-membres de l’UE avec des gouvernements de droite, comme l’Italie ou la Hongrie, ont déclaré que l’Espagne était une menace à l’espace Schengen et qu’il vaudrait mieux l’en exclure. Des propos politiquement choquants aussitôt dénoncés par l’Espagne qui a convoqué l’ambassadeur italien. En effet, la déclaration d’une volonté d’exclusion de l’Espagne Schengen est juridiquement impossible au regard du droit européen. Les déclarations italiennes, mais aussi hongroises, révèlent clairement la fragilité de l’union européenne et les limites de l’entraide entre les Etats membres.

Suspicions d’ingérences étrangères à Ceuta

De nombreuses suspicions d’ingérence étrangères dans la propagation sur les réseaux sociaux des rumeurs d’ouverture de la frontière entre le Maroc et Ceuta persistent.  

L’Ukraine accuse en effet la Russie de vouloir instrumentaliser la crise migratoire à Ceuta afin de déstabiliser l’UE. Néanmoins, à l’issue de la réunion d’urgence du 5 août, le commissaire européen aux affaires intérieures et à la Migration, Magnus Brunner, a estimé qu’il était encore trop tôt pour établir un lien direct entre cette vague de désinformation et la Russie.   

D’autres suspicions se lèvent aussi concernant le rôle du Maroc. Effectivement, en mai 2021, l’état marocain avait été accusé d’avoir instrumentalisé les personnes migrantes pour s’en servir comme moyen de pression dans le conflit autour du Sahara occidental. L’utilisation des flux migratoires comme instrument politique est une des conséquences de la politique d’externalisation menée par l’Union européenne depuis les années 1990. En effet, en échange d’importants financements européens le Maroc participe au contrôle des départs vers l’UE, ce qui constitue un important levier pour l’Etat marocain.  En 2023, la Commission européenne a consacré 152 millions d’euros au renforcement de la gestion des frontières marocaines. 

Le bilan humain relégué au dernier plan  

 L’instrumentalisation de cette crise à Ceuta et l’essentialisation des personnes migrantes, que cela soit par la droite européenne ou par les puissances étrangères soupçonnées d’ingérence, relègue au dernier plan les vies humaines et les violences que subissent les personnes migrantes. L’Espagne déplore au moins 72 noyades ou accidents tandis que l’Association marocaine des droits humains (AMDH) évoque près de 130 victimes, des dizaines de disparus et des violences policières. Francesca Fusaro, coordinatrice de l’association d’origine serbe No Name Kitchen qui se charge de faire des distributions alimentaires à Ceuta, dénonce que « La seule réponse du gouvernement espagnol est sécuritaire et militaire, alors que nous parlons de personnes traumatisées et violentées.»   

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