Le mois de septembre sonne la rentrée pour la majorité des enfants européens. Cette année encore en Ukraine, le retour à l’école s’est déroulé sous le bruit des sirènes d’alarme, après une nuit d’intenses bombardements dans la région de Kiev.
Des écoles, imprimeries et maisons d’éditions bombardées en aval de la rentrée
Ces dernières semaines, la Russie a intensifié ses bombardements visant spécifiquement les imprimeries et maisons d’édition, touchant ainsi plus d’une trentaine d’établissements et détruisant plus de 12 millions de livres. La nuit précédant la rentrée scolaire, la Russie a bombardé une usine qui devait produire 10% des manuels scolaires pour 2026. Après qu’un bombardement russe sur son imprimerie a détruit 250 000 manuels scolaires, Victoria Haidai, directrice du groupe d’imprimerie Konvi, déclare que : « Les Russes détruisent des imprimeries dans une tentative d’effacer l’Ukraine en tant que nation. »
Depuis le début de l’invasion en Ukraine, les bombardements ont détruit 400 établissements scolaires et en ont endommagé 4000 selon le ministre de l’Education et de la Science Oksen Lisovy. Cela a conduit 1/3 des écoles ukrainiennes à assurer les cours en distanciel. De nombreuses écoles qui assurent encore leurs cours en présentiel ont dû se déplacer sous terre, notamment dans les réseaux de métro, pour assurer la protection des élèves. Malheureusement, le nombre d’élèves de première année dans les écoles de Kyiv a chuté d’environ 40 % depuis le début de la guerre.
L’éducation des enfants : un enjeu fondamental de la guerre
La rentrée des classes est un enjeu extrêmement important pour la résistance Ukrainienne. L’éducation des enfants permet en effet d’assurer la survivance de la culture ukrainienne et de préparer la population à la reprise de la vie quotidienne après la guerre. Pour l’historien Antoine Arjakovsky, les bombardements russes touchant les écoles et imprimeries sont menés dans le cadre d’une « guerre de civilisation » visant à détruire la culture ukrainienne. Cette volonté d’effacement constitue un point fondamental de l’offensive russe. Vladimir Poutine expliquait déjà en 2021 qu’il ne reconnaissait ni la culture ni l’indépendance de l’Ukraine, et qu’il considérait que ces deux pays ne devaient former qu’un seul peuple et qu’une seule culture.
La déportation et la russification forcée des enfants ukrainiens par la Russie
C’est dans cette optique que l’armée russe met en place une politique de russification dans les territoires qu’elle occupe en Ukraine. Cette russification passe notamment par l’interdiction de l’enseignement de l’ukrainien comme langue maternelle, par la destruction de manuels scolaires ukrainiens, ou encore la déportation forcée d’enfants ukrainien en Russie. En 2025, l’Humanitarian Research Lab (HRL) de l’École de santé publique de Yale identifiait 210 infrastructures en Russie et dans les territoires occupés accueillant des enfants ukrainiens. Là-bas ils subissent une rééducation et une militarisation forcée. Ces enfants transitent de nombreuses fois, et certains sont adoptés par des familles russes. Moscou s’applique à effacer leurs traces en changeant leur nom et leur date de naissance, et en les déplaçant régulièrement. En 2025, Maksym Maksymov, chef des projets du programme Bring Kids Back UA, expliquait que « 1,6 million d’enfants ukrainiens vivent dans les territoires occupés et en Russie. Moscou les endoctrine avec le même objectif : changer leur identité. »
Le soutien de l’UE envers l’Ukraine
L’Union Européenne dénonce grandement la déportation forcée des enfants ukrainiens, parlant plutôt de 20 500 enfants concernés pour l’instant. Ces faits constituent pour l’UE de graves violations du droit international et des droits fondamentaux de l’enfant. Le Conseil a ainsi sanctionné plus d’une soixantaine de personnes et d’entités russes responsables d’actions compromettant ou menaçant l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine. Le conseil a ainsi déclaré que les personnes et entités sanctionnées : « font l’objet d’un gel des avoirs, et il est interdit aux citoyens et aux entreprises de l’UE de mettre des fonds, des avoirs financiers ou des ressources économiques à leur disposition. Les personnes physiques font en outre l’objet d’une interdiction de voyager, qui les empêche d’entrer sur le territoire de l’UE ou de transiter par celui-ci. »
L’UE mobilise aussi de nombreuses aides matérielles et financières s’élevant à plusieurs milliards d’euros. Parmi elles, 50 millions d’euros destinés spécifiquement à la protection de l’enfance, et le financement de la reconstruction de plusieurs écoles. Joost Mohlmann, chef de la section Reconstruction, Énergie, Infrastructures et Environnement à la délégation de l’UE en Ukraine, déclare « La guerre de la Russie contre l’Ukraine ne détruit pas seulement les bâtiments scolaires, elle attaque aussi l’éducation et l’avenir que les enfants ukrainiens méritent(…) En soutenant la restauration d’écoles (…) l’Union européenne aide les communautés à offrir aux enfants l’éducation dont ils ont besoin aujourd’hui et les opportunités qu’ils méritent pour demain. »