La Belgique lance son premier Plan d’action interfédéral contre le racisme

Le 7 septembre 2026, les autorités fédérales, régionales et communautaires ont lancé le premier Plan d’action interfédéral contre le racisme. Vingt-cinq ans après la Conférence mondiale contre le racisme de Durban, la Belgique franchit une nouvelle étape dans sa lutte contre le racisme. 

 

Une réponse commune à un paysage institutionnel fragmenté 

La lutte contre le racisme et les discriminations en Belgique s’inscrit dans un système institutionnel particulièrement complexe. Les compétences sont réparties entre plusieurs niveaux de pouvoir, chacun ayant développé ses propres politiques, dispositifs et initiatives. Cette répartition permet d’adapter les réponses aux réalités locales, mais peut aussi rendre les actions moins coordonnées et les dispositifs plus difficiles à comprendre pour les personnes concernées. 

Le nouveau plan veut précisément répondre à cet enjeu. Il s’inscrit dans le Cadre interfédéral pour les plans d’action contre les discriminations (CIPAD), approuvé en décembre 2025, qui vise à établir une méthodologie commune pour les politiques de lutte contre les discriminations. Le Plan d’action contre le racisme constitue ainsi le deuxième plan élaboré dans ce cadre, après celui consacré aux personnes LGBTQI+, lancé en mai 2026. L’objectif n’est donc pas de remplacer les initiatives existantes, mais de mieux les articuler autour d’une approche commune. 

 

25 ans après Durban, une nouvelle étape 

Le plan intervient également dans un contexte symbolique particulier. Son lancement intervient 25 ans après la Conférence mondiale contre le racisme de Durban de 2001, au cours de laquelle les États participants avaient notamment été encouragés à élaborer des plans d’action nationaux contre le racisme. La Belgique avait pris cet engagement, mais la répartition des compétences a rendu difficile la création d’un cadre national commun. 

Le caractère « interfédéral » du plan constitue à cet égard un élément central : les différentes autorités conservent leurs compétences respectives, tout en s’accordant sur des priorités et des instruments communs. Cette coopération doit permettre de renforcer la continuité des politiques de lutte contre le racisme à travers les différents niveaux de pouvoir. 

 

Renforcer les outils de lutte contre les discriminations 

Parmi les mesures prévues, la création d’une plateforme interfédérale de collecte de données constitue un levier important pour mieux identifier les formes de discrimination, suivre leur évolution et évaluer l’efficacité des politiques mises en œuvre. Le plan prévoit également de renforcer le suivi de la législation anti-discrimination et de faciliter l’accès à l’information sur les droits et les organismes compétents. Cette dernière dimension est essentielle : l’existence de mécanismes de protection ne suffit pas si les personnes concernées ne savent pas vers qui se tourner ou quelles démarches entreprendre. Enfin, le plan souligne le rôle de la société civile et prévoit de mieux informer les organisations sur les possibilités de soutien disponibles. Les associations constituent en effet des acteur·ice·s essentiels dans la sensibilisation, l’accompagnement des victimes et l’identification des discriminations sur le terrain. En combinant ainsi collecte de données, évaluation, accès aux droits et soutien aux acteur·ice·s de terrain, le plan cherche à mieux coordonner la lutte contre le racisme et à répondre aux réalités vécues.  

 

L’enjeu de la mise en œuvre 

Le lancement du Plan d’action interfédéral constitue donc une avancée importante dans la structuration de la politique belge de lutte contre le racisme. En réunissant les différents niveaux de pouvoir autour d’un même cadre, la Belgique cherche à renforcer la cohérence de son action tout en conservant la répartition actuelle des compétences. 

Le véritable enjeu est désormais dans sa mise en œuvre. Les mesures seront progressivement intégrées par les différentes autorités. Leur efficacité dépendra donc de la capacité à assurer une coopération durable, à produire des données utiles, à évaluer les politiques existantes et à garantir un accès effectif aux droits, en soutenant des actions concrètes et accessibles pour les personnes qui subissent de racisme et de discriminations.

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