Depuis le 12 septembre 2026, la Turquie connaît une nouvelle vague de répression visant les personnes LGBTQIA+, les militant.es, les associations et certains lieux de sociabilité queer. Arrestations, perquisitions, blocages de comptes sur les réseaux sociaux et poursuites judiciaires se multiplient. Présentées par les autorités turques comme une opération destinée à “protéger les familles” et les enfants, ces mesures s’inscrivent dans une politique plus large de restriction de l’espace civique et des libertés fondamentales.
Une vaste opération contre la communauté LGBTQ+
Dans la nuit du samedi 12 au dimanche 13 septembre, les forces d’ordre turques ont lancé une vaste série de perquisitions à Istanbul, Ankara, Izmir et dans plusieurs provinces du pays. Des domiciles LGBTQIA+ ainsi que des bars et des établissements fréquentés par la communauté ont été ciblés. Les bureaux de l’association Kaos GL, l’une des plus anciennes organisations de défense des droits LGBTQIA+ en Turquie, ont également été perquisitionnés à Ankara.
De plus, de nombreux comptes et réseaux sociaux appartenant à des associations LGBTQIA+ et à des défenseurs des droits humains et à des médias ont été bloqués pendant ces opérations. Cependant, la répression ne s’est pas arrêtée aux arrestations initiales. Le 15 septembre, une manifestation organisée devant le palais de justice, à Istanbul, a donné lieu à de nouvelles détentions et a rapporté parallèlement plus d’une centaine de manifestants détenus.
L’ampleur et la coordination de ces opérations constituent ainsi une nouvelle étape dans la pression exercée sur la communauté LGBTQIA+ et sur les organisations qui défendent ses droits.
La “défense de la famille” au cœur du discours gouvernemental
Le gouvernement turc présente ces opérations dans le cadre de sa politique de défense de la famille et de lutte contre la baisse de la natalité. Le président Recep Tayyip Erdoğan a fait de cette question une priorité politique et a proclamé cette année “la décennie de la famille et de la population 2026-2035”.
La Turquie connaît effectivement une forte baisse de sa fécondité depuis plusieurs décennies.
Cependant, ce phénomène démographique est plutôt lié à plusieurs facteurs, comme le coût de la vie, le logement, les conditions d’emploi, l’âge au mariage et l’accès aux services sociaux. Mais celui-ci est progressivement associé, dans le discours politique officiel, à la défense d’un modèle familial traditionnel et à la dénonciation des personnes LGBTQIA+.
Le président a régulièrement aussi qualifié le mouvement LGBTQIA+ de « pervers » ou de menace pour les valeurs familiales, contribuant à légitimer un climat politique dans lequel la visibilité LGBTQIA+ est de plus en plus assimilée à une atteinte à la société. Cela s’accompagne donc progressivement de restrictions concernant leur visibilité, la liberté d’expression, d’association et le droit de réunion.
Une répression qui s’inscrit depuis plusieurs années
Cette offensive ne constitue pas un événement isolé. Depuis 2015, les autorité.es interdisent régulièrement les marches et rassemblements LBTQIA+ accompagnés d’arrestations et, à plusieurs reprises, de violences contre les manifestant.es. Les événements de septembre accélèrent donc une tendance déjà observée depuis plusieurs années. Cette évolution est d’autant plus préoccupante que, bien que l’homosexualité ne soit pas pénalement réprimée en Turquie, elle reste largement stigmatisée par les hauts responsables de l’État, contribuant à renforcer un climat d’homophobie dans le pays.
La Turquie face à ses engagements européens
La Commission européenne a rappelé que la Turquie, en tant que pays candidat à l’Union européenne, devait respecter les droits humains et la dignité de toutes les personnes indépendamment de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre. Le Commissaire aux droits de l’homme, Michael O’Flaherty, a notamment rappelé que la référence aux “valeurs familiales” ou à la “protection des enfants” ne pouvait justifier, à elle seule, des restrictions aux droits fondamentaux.
La situation contraste aussi fortement avec les engagements européens en matière de droits LGBTQIA+. Selon la Rainbow Map 2026 d’ILGA-Europe, la Turquie ne remplit qu’environ 5 % des critères juridiques et politiques évaluant les droits des personnes LGBTQIA+. Cette carte analyse la situation dans 49 pays européens. La Turquie se classe ainsi au 47e rang sur 49.
Pour l’Union européenne, cette situation pose donc une question de cohérence. La Turquie reste officiellement pays candidat à l’adhésion, alors même que les négociations sont largement à l’arrêt et que les inquiétudes concernant l’État de droit et les libertés fondamentales se multiplient.