Un livre blanc porté par 17 organisations signataires, il est adressé à l’ensemble des gouvernements de Belgique, alors que se négocie le Plan d’action national de lutte contre les violences basées sur le genre 2026-2031.
Les violences conjugales ne s’arrêtent pas à la porte de l’entreprise
En Belgique, près d’une femme sur trois (31,3 %) a subi des violences de la part d’un partenaire intime au cours de sa vie¹. Ces violences ont des conséquences directes sur le travail : absences, retards, difficultés de concentration, changement d’emploi forcé. Statistiquement, chaque organisation compte plusieurs collaborateur·rice·s concerné·e·s, souvent sans le savoir.
Quelques chiffres permettent de mesurer l’ampleur du phénomène :
- 73 % des personnes concernées constatent un impact direct sur leurs aptitudes professionnelles, et 56 % en ont déjà parlé au travail².
- 57,8 % des victimes signalent des actes de maltraitance sur le lieu de travail ou à proximité : appels et SMS abusifs, harcèlement, intrusions².
- En Belgique, le coût des violences basées sur le genre est estimé à 9,4 milliards d’euros par an. À l’échelle de l’Union européenne, les violences entre partenaires coûtent à elles seules 174 milliards d’euros par an, dont 87 % liés aux violences subies par les femmes³.
Pour de nombreuses victimes, l’emploi est pourtant bien plus qu’un lieu d’activité : c’est parfois leur seul espace de répit, et un levier essentiel d’autonomie financière et de reconstruction. Le perdre, c’est risquer de rester sous l’emprise de l’auteur des violences.
Un Pack nouveau départ qui doit intégrer l’emploi
Le « Pack nouveau départ » vise à sécuriser le parcours des victimes après la séparation : aide financière d’urgence, assistance juridique et psychologique, attention spécifique à l’emploi. Le 17 septembre 2026, la Conférence interministérielle Droits des femmes a annoncé un accord politique sur ce pack. Sa mise en œuvre concrète et son budget se négocient désormais dans le cadre du Plan d’action national 2026-2031 (PAN).
Le soutien à l’autonomie économique des victimes, par leur insertion socioprofessionnelle, reste pourtant absent des conclusions annoncées. C’est pour combler ce manque que les organisations signataires publient ce livre blanc : il identifie dix mesures concrètes qu’il est encore possible d’intégrer au PAN.
Ces recommandations s’adressent aux gouvernements fédéral, régionaux et communautaires, et en particulier aux ministres de l’Emploi des différents niveaux de pouvoir.
Dix recommandations pour protéger l’emploi et l’autonomie des victimes
- Créer un droit au répit : suspendre pendant un an les obligations d’activation et les sanctions liées, pour les victimes au chômage, au CPAS ou en parcours d’intégration.
- Garantir la continuité des revenus et des droits sociaux : créer une aide financière d’urgence et instaurer une procédure accélérée d’accès aux allocations.
- Adapter la formation et la réinsertion socioprofessionnelle : former le personnel du Forem, d’Actiris et du VDAB, et proposer des parcours individualisés.
- Créer une protection temporaire contre le licenciement d’au moins six mois, renouvelable, avec une possibilité de suspension de l’emploi et un droit au retour au poste.
- Créer un congé spécifique rémunéré et confidentiel d’au moins dix jours par an, fractionnable en journées, demi-journées ou heures.
- Protéger les travailleur·euse·s sur le lieu de travail : intégrer les violences conjugales dans l’évaluation des risques et prévoir des protocoles d’accueil avec signalement confidentiel.
- Garantir le versement du salaire sur un compte personnel sécurisé, pour contrer le contrôle financier.
- Protéger les droits des femmes migrantes et primo-arrivantes, afin que la dépendance administrative ne devienne pas un moyen de chantage.
- Garantir la confidentialité et la protection des données des victimes dans toutes les démarches.
- Assurer une gouvernance interfédérale et un suivi annuel du dispositif, pour éviter les ruptures entre niveaux de pouvoir.
Plusieurs de ces mesures s’appuient sur la Convention n° 190 de l’Organisation internationale du Travail et sa Recommandation n° 206, dont la ratification par la Belgique est en cours. Le livre blanc s’inspire aussi de l’exemple espagnol, qui prévoit déjà plusieurs de ces protections.
Organisations signataires : ACV, Ciré, Collectif contre les violences familiales et l’exclusion (CVFE), Ella, Femmes CSC, FGTB, Financité, Frauenliga, Furia, Keertij, La Ligue des Familles, Mode d’Emploi, POUR LA SOLIDARITÉ-PLS (réseau CEASE), Rebelle, Solidarité Femmes, Vie Féminine, Vrouwenraad.
L’expérience de terrain du réseau CEASE
Coordonné par POUR LA SOLIDARITÉ-PLS, le réseau CEASE rassemble plus de 50 employeur·euse·s publics, privés et non marchands engagés contre les violences conjugales. Il les aide à faire du lieu de travail un espace capable de repérer les signaux, d’accueillir la parole sans jugement et d’orienter vers les services spécialisés.
Formation de référent·e·s, guide d’action, e-learning, campagnes de sensibilisation : cette expérience concrète a directement nourri les recommandations du livre blanc. Elle montre que les employeur·euse·s peuvent agir dès aujourd’hui, mais qu’un cadre légal et budgétaire est indispensable pour que chaque victime soit protégée, quel que soit son employeur.
Agir sur le lieu de travail n’est pas seulement une question de justice sociale : c’est aussi un enjeu de santé, de sécurité et de performance pour les organisations.
Sources
- IBSA, Statistiek Vlaanderen et IWEPS, Les violences liées au genre en Belgique : chiffres clés de l’Enquête européenne EU-GBV (2021-2022), 2024, tableau 2.1, p. 14.
- Institut pour l’égalité des femmes et des hommes, Enquête nationale sur l’impact de la violence entre partenaires sur le travail, les travailleurs et les lieux de travail en Belgique, 2017, p. 6 (72,9 %), p. 8 (57,8 %) et p. 11 (55,5 %).
- Institut européen pour l’égalité entre les hommes et les femmes (EIGE), Le coût des violences basées sur le genre dans l’Union européenne, estimations par État membre.
L’ensemble de ces chiffres est repris du livre blanc Pack nouveau départ, Vie Féminine et réseau CEASE – POUR LA SOLIDARITÉ-PLS, 2026.