Célébrée sous le slogan « When times get darker we shine brighter », la 30e édition de la Brussels Pride nous a rappelé samedi dernier, malgré une affluence record, que des menaces pèsent encore sur les droits LGBTQIA+ à travers le monde. C’est l’occasion de dresser un état des lieux de la situation sur le continent européen, alors que l’ONG ILGA-Europe a récemment publié la dernière édition de sa Rainbow Map.
L’Espagne, encore et toujours en tête du front progressiste
La Rainbow Map est une carte interactive publiée chaque année depuis 2008. Elle attribue un score à chacun des 49 pays européens en fonction des politiques en vigueur et de leur impact sur les communautés LGBT. Ce score, exprimé en pourcentage, reflète le degré d’égalité des droits entre les personnes LGBT et le reste de la population, 100 % représentant une égalité parfaite.
Une nouvelle fois, et cela en deviendrait presque une habitude, l’Espagne se place en tête du front progressiste avec un score global de 88,7 % (+10 points depuis 2025), prenant ainsi la place de Malte, détrônée pour la première fois depuis près de dix ans.
Cette réussite s’explique notamment par une pluralité d’outils juridiques, de lois et de stratégies nationales visant à garantir l’égalité des droits. La réforme la plus marquante fut sans aucun doute celle du 28 février 2023, appelée Loi pour l’égalité réelle et effective des personnes trans et pour la garantie des droits des personnes LGBT, qui a notamment permis :
- une dépathologisation complète de la transidentité, en retirant tout diagnostic médical ou psychiatrique du processus administratif d’autodétermination de genre ;
- un renforcement des droits LGBTQIA+ dans les domaines touchant à la sphère familiale (adoption, reconnaissance des familles homoparentales, etc.) ;
- l’interdiction des thérapies de conversion.
Ces avancées donnent d’autant plus d’espoir qu’elles interviennent dans un contexte particulièrement hostile aux personnes LGBTQIA+ au niveau européen. En témoigne notamment la difficulté qu’a la Commission européenne à répondre à la pétition de plus d’un million de signataires demandant l’interdiction des thérapies de conversion sur le territoire de l’Union européenne.
Un score qui reste malgré tout à relativiser
Selon les propres termes d’ILGA-Europe, l’évaluation produite par la Rainbow Map doit être relativisée dans la mesure où elle constitue avant tout un indicateur du cadre politique et légal, et non de la réalité vécue par les personnes concernées.
Bien que ce cadre soit un déterminant essentiel du bien-être des personnes LGBT, plusieurs économistes préfèrent, pour étudier le climat social d’homophobie, croiser trois facteurs : la famille, l’entourage quotidien et le contexte institutionnel.
Parmi ces trois dimensions, la sphère familiale apparaît comme la variable ayant l’effet négatif le plus important sur le bien-être des personnes LGBTQIA+, indépendamment du niveau de richesse ou d’inégalité du pays étudié.
Ainsi, ILGA-Europe rappelle qu’un rapport de la Fédération espagnole LGBTI+ alerte sur une augmentation significative des agressions visant les personnes LGBTI+ dans la péninsule ibérique depuis 2024 (+15 %).
Un progrès général des droits liés à la transidentité
Bien qu’elle ne concerne que huit des quarante-neuf pays étudiés, une tendance à l’amélioration du droit national relatif à la transidentité semble se dessiner.
En effet, des pays traditionnellement ancrés dans une perspective conservatrice ont récemment adopté des législations accordant de nouveaux droits. C’est notamment le cas de l’Albanie, qui a gagné deux places dans le classement et occupe désormais la 24e position, grâce notamment au renforcement de la criminalisation des discriminations fondées sur l’identité de genre, l’expression de genre et l’orientation sexuelle.
De leur côté, la République tchèque et la Lettonie n’imposent plus de stérilisation préalable pour effectuer un changement de genre à l’état civil.
Fait suffisamment inhabituel pour être souligné, la Pologne, connue pour être particulièrement mal classée, aurait également amélioré ses mesures administratives relatives à la reconnaissance d’un changement de genre.
Plus récemment, la mairie de Varsovie a annoncé avoir procédé pour la première fois à la reconnaissance du mariage d’un couple homosexuel effectué dans un autre pays membre de l’UE. Ces évolutions demeurent toutefois marginales puisque le pays conserve sa position de 2025, à savoir la 39e place.
Globalement, la moyenne des pays de l’Union européenne enregistre une légère progression depuis 2025, mais reste depuis plusieurs années autour de 50 %. Le quintette de tête est composé de l’Espagne, de Malte, de l’Islande, de la Belgique et du Danemark, seuls pays affichant un score supérieur à 80 %.