La fermeture du site bruxellois d’Audi, un cas d’école des menaces planant sur les salarié⸱e⸱s dans une économie libérale
En 2024, Audi Bruxelles annonce la fermeture anticipée de son usine à Forest. Initialement prévue pour 2027, elle a été avancée à 2025 pour raison de baisse de rentabilité liée à une faible demande du SUV électrique produit sur le site. Bien qu’il aurait été possible d’adapter les chaînes de production pour répondre à d’autres demandes, Audi a choisi unilatéralement de délocaliser sa production en dehors de l’Europe, où la demande est plus forte.
Cette décision a eu des conséquences dramatiques sur les 2 882 salarié⸱e⸱s de l’usine, auxquels s’ajoute les salarié⸱e⸱s des prestataires dépendants de cette production automobile, et a exacerbé une situation déjà inquiétante pour le marché du travail belge. En effet, le chômage de longue durée (en recherche d’emploi depuis au moins un an) dans la région bruxelloise et en Hainaut concerne plus de 60 % du nombre total de demandeur⸱euse⸱s d’emploi.
En janvier 2025, une alliance syndicale a réussi à obtenir un accord social, mais ce dernier est jugé insuffisant et « en dessous des attentes » par un délégué syndical FGTB. C’est dans ce contexte que le gouvernement belge a mobilisé le Fond européen d’ajustement à la mondialisation (FEM).
Qu’est ce que le Fonds européen d’ajustement à la mondialisation (FEM) ?
Le Fonds européen d’ajustement à la mondialisation (FEM) est un instrument de l’Union européenne destiné à soutenir les travailleur⸱euse⸱s licencié⸱e⸱s à la suite de restructurations économiques majeures, telles que la délocalisation ou des changements structurels importants dans le marché du travail. Le FEM aide à la réinsertion professionnelle en cofinançant des mesures locales ou nationales de reconversion, de formation, et d’aide à la recherche d’emploi à hauteur de 60 à 85% du coût total des actions proposées.
Dans le cadre du licenciement de masse lié à la fermeture de l’usine Audi de Bruxelles, la Belgique a demandé une contribution de 7,5 millions d’euros, pour financer des projets de réinsertion visant à soutenir directement les 2 580 travailleur⸱euse⸱s licencié⸱e⸱s d’Audi, ainsi que les 568 salarié⸱e⸱s supplémentaires travaillant chez des fournisseurs. Cette aide représenterait ici 85 % du coût total de l’intervention, estimé à 8,85 millions d’euros.
Les insuffisances d’une réponse superficielle et tardive
Bien que le FEM soit une initiative bienvenue pour soutenir la réinsertion des travailleur⸱euse⸱s licencié⸱e⸱s, plusieurs critiques peuvent être faites concernant son efficacité et ses limites. En effet, ce dispositive ne constitue qu’un pansement sur une plaie béante que la mondialisation et les intérêts économiques des grands groupes s’appliquent à garder ouverte.
Néanmoins, l’UE a aussi une responsabilité certaine dans la fragilisation de certains secteurs économiques européens. L’accord de libre échange du Mercosur et son application provisoire récente témoigne d’une position ambivalente de la commission qui, par le FEM, vend un remède inefficace à un problème qu’elle même favorise.
Dans le cas belge, en l’absence de réformes structurelles sur l’économie, notamment dans les secteurs industriels en mutation, le FEM pourrait se révéler insuffisant à long terme. Le chômage de longue durée, déjà élevé en Belgique, notamment parmi les travailleur⸱euse⸱s âgé⸱e⸱s, demeure une problématique sérieuse qui ne saurait être résolue uniquement par des aides ponctuelles.
En particulier, les ex-salarié⸱e⸱s d’Audi, dont l’âge moyen est de 43 ans, sont particulièrement vulnérables au chômage de longue durée. Parmi eux, plus de 1 000 ont plus de 50 ans. Or, au sein des DEI (demandeur⸱euse⸱s d’emploi inoccupé·e·s) de plus de 50 ans de la région bruxelloise, 82% sont en chômage de longue durée, ce qui reflète la difficulté d’adaptation au marché de l’emploi pour cette tranche d’âge, surtout dans un contexte économique en mutation rapide. Au-delà de ces considérations économiques, c’est sûr le bien-être des personnes concernées que ce licenciement de masse a ses effets le plus néfaste. En effet, une étude de l’Institute of Behavioral Science du Colorado souligne un lien de causalité entre l’insécurité de l’emploi et l’alcoolisme ou les tendances dépressives.
Bien que les aides du FEM offrent un répit temporaire, il est crucial que des politiques structurelles plus larges accompagnent ces dispositifs pour garantir une stabilité de l’emploi et des conditions de vie dignes aux salarié⸱e⸱s européens.
Dans l’attente de telles réformes, Pour La Solidarité s’engage pour une insertion socio-professionnelle efficace en soutenant les chercheur·euse·s d’emplois en difficultés via le dispositive MentorYou.