En Belgique, et plus spécifiquement en Wallonie, la pénurie de logements sociaux et la hausse des loyers poussent des initiatives où des citoyen·ne·s mettent leur épargne au service de projets de logement abordable, en complément d’un secteur public manquant cruellement de moyens.
Vers une crise structurelle du logement
La crise du logement se traduit par la difficulté croissante d’accéder à un logement décent et abordable, dans un contexte d’inflation immobilière qui atteint plusieurs pourcents par an selon les régions, et de loyers qui augmentent bien plus vite que le coût de la vie. En 2026, le droit à un logement décent, pourtant inscrit à l’article 23 de la Constitution belge, reste loin d’être effectif pour une large partie de la population.
Cette tension est particulièrement illustrée par les files d’attente pour un logement social : plus de 326 000 personnes attendent un logement social en Belgique, avec plus de 52 000 ménages à Bruxelles et 98 000 personnes en Wallonie. Le parc de logements sociaux reste limité, autour de 7% de l’immobilier à Bruxelles et 6,5% en Wallonie, avec une rotation très faible, ce qui creuse davantage le gouffre entre l’offre et la demande.
Conséquences sociales et dérives
Cette crise se manifeste entre autres par des expulsions locatives massives, avec environ une dizaine d’expulsions par jour à Bruxelles, selon une étude de Brussels Studies, sans compter les expulsions “cachées” qui échappent aux statistiques. Pour les ménages les plus vulnérables, une expulsion entraîne souvent un basculement vers l’hébergement d’urgence, des solutions temporaires chez des proches ou la vie à la rue.
Dans ce contexte, les “marchands de sommeil” profitent de la rareté en louant des logements insalubres, surpeuplés ou dangereux à des prix élevés à des publics fragilisés, notamment des personnes isolées, âgées ou sans titre de séjour. Ces pratiques mettent gravement en péril la santé et la sécurité des habitants, tout en détournant le droit au logement de sa finalité sociale.
Comment répondre à cette crise ?
Pour sortir durablement de la crise du logement, les acteurs de terrain, dont l’association « L’Ilot », insistent sur la nécessité d’augmenter le nombre de logements abordables via plusieurs leviers: création accrue de logements sociaux, encadrement des loyers et dispositifs de prévention des expulsions. Ces réponses exigent des investissements publics importants et un changement de cap politique, notamment pour ne pas se limiter à la seule rénovation du parc existant et pour accélérer la production de nouveaux logements sociaux.
Parallèlement à ça, les différents médias, associations, ainsi que structures gouvernementales doivent également se mobiliser afin d’essayer, d’une part, de sensibiliser un maximum de gens à cette problématique, dont on ne parle malheureusement que trop peu. Et d’autre part, de pouvoir consacrer le plus de temps possible à la résolution du problème. Cette combinaison d’actions publiques, de mobilisation associative et médiatique, ainsi que l’épargne citoyenne solidaire pourraient d’ores et déjà constituer une réponse solide face à cette crise.