Les discriminations ethniques sur le marché du travail en hausse en Belgique

Malgré les différents efforts du législateur belge visant la prévention de toutes formes de discrimination, celles-ci restent malheureusement encore présentes, en particulier dans le marché du travail. Les données du Service public fédéral (SPF) Emploi, Travail et Concertation sociale, ainsi que de nombreuses études récentes, ont constaté une réalité inquiétante, à savoir, que les personnes d’origine étrangère continuent régulièrement à faire face à de nombreux obstacles dans l’accès à l’emploi 

Une discrimination documentée et chiffrée

La recherche apporte une confirmation sans équivoque du phénomène. L’étude menée à l’instigation de l’Organisation internationale du travail (OIT) démontre que les candidatures de Belges de souche et celles de Belges d’origine marocaine sont traitées différemment durant la procédure d’embauche, et ce dans les trois régions du pays. Plus révélateur encore, les responsables du personnel modifient les procédures et fournissent des informations différentes selon l’origine perçue du·de la candidat·e, confirmant que les obstacles rencontrés relèvent bel et bien de la discrimination ethnique et non de déficits de qualification.

Le constat est encore plus alarmant à Bruxelles, où une étude collaborative menée par l’Université libre de Bruxelles (ULB) et la Katholieke Universiteit Leuven (KUL) dépeint un paysage de « stratification ethnique » : une répartition hiérarchisée des emplois, des statuts et des salaires selon l’origine. Le chiffre le plus édifiant : près d’une personne d’origine étrangère sur deux déclare avoir subi une discrimination au moins une fois au cours de sa recherche d’emploi. 

Reconnaissant ce problème, le rapport de 2024 de la Commission européenne contre le racisme et l’intolérance (ECRI) souligne que malgré les nombreuses mesures adoptées, la discrimination persiste sur les lieux de travail et demeure un obstacle structurel significatif pour les minorités sur le marché du travail belge.  

Une discrimination allant au-delà du critère ethnique

Mais la tendance discriminatoire va même au-delà du critère de l’origine. Une campagne gouvernementale récemment lancée par le ministre Rob Beenders met en lumière le « double désavantage » auquel font face les femmes d’origine étrangère. Ces dernières cumulent les obstacles liés au genre aux discriminations basées sur l’origine : écarts salariaux accentués, surreprésentation dans l’emploi précaire et à temps partiel, non-reconnaissance des diplômes étrangers, et accès limité à la formation professionnelle.  

Un cadre juridique défaillant

Bien que le cadre juridique belge paraisse, à première vue, suffisamment sévère vis-à-vis des différentes formes de discriminations. Notamment à travers des dispositifs comme la loi du 10 mai 2007 contre le racisme et la xénophobie, qui interdit la discrimination directe et indirecte, tout comme la loi générale du même jour tendant à lutter contre d’autres formes de discriminations. Mais également de la Convention collective de travail n°38, révisée en 2008, consacre le principe d’égalité de traitement lors du recrutement. Force est de constater que ces différents instruments législatifs ne sont pas suffisants pour permettre aux personnes d’origines étrangères de se sentir protégées face aux inégalités du marché du travail.   

La Belgique se trouve aujourd’hui à un moment très important. Elle semble en effet être impuissante, face aux montées de tendances discriminatoires, et ce, malgré de nombreux instruments légaux et d’études qui mettent ce problème en évidence. Ce constat incite donc à questionner non seulement la pertinence des outils existants, mais aussi la volonté institutionnelle réelle de transformer des pratiques profondément intégrées dans le fonctionnement des marchés du travail régionaux.

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