Cette année a été marquée par la recrudescence de l’utilisation massive dans les conflits armés de mines antipersonnel. Cinq pays membres de l’UE (à savoir l’Estonie, la Finlande, la Lettonie, la Lituanie et la Pologne) ainsi que l’Ukraine ont annoncé leur retrait du traité international d’Ottawa qui interdit l’acquisition, la production, le stockage et l’utilisation de telles armes. C’est dans ce contexte qu’Handicap International a lancé une nouvelle campagne internationale contre le recours aux mines antipersonnel.
Les mines antipersonnel : 90% des victimes sont des personnes civiles, parmi lesquelles 40% sont des enfants
Une mine antipersonnel est une charge explosive dissimulée dans le sol, conçue pour exploser lorsqu’une personne entre en contact avec elle. Il existe des dizaines de modèles différents. Elles sont généralement posées à la main, mais peuvent également être dispersées depuis les airs. Ce sont des armes intrinsèquement indiscriminées. Entre 1999 et 2024, l’Observatoire des mines et des armes à sous-munitions a enregistré 165 724 victimes dans le monde, dont près de 48 000 morts et plus de 113 000 blessés. Parmi les victimes, 90 % sont des personnes civiles, dont 40 % d’enfants. Ce sont le Myanmar, la Syrie et l’Afghanistan qui ont enregistré le plus grand nombre de victimes en 2024, suivis par l’Ukraine, le Nigéria, le Mali, le Yémen et le Burkina Faso.
Les mines terrestres non explosées peuvent rester longtemps sur le sol avant leur déminage, représentant un réel danger sur le long terme. Au-delà des mutilations physiques que peuvent causer ces mines, elles empêchent de nombreux déplacements et activités quotidiennes, représentant un frein économique important pour les pays touchés.
Des répercussions graves sur le temps long
Le rapport de 2026 du Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’Homme sur les effets des mines antipersonnel sur les droits de l’Homme expose les répercussions que les mines antipersonnel continuent d’avoir bien au-delà du moment de l’explosion. Il y est expliqué qu’elles menacent pendant plusieurs décennies après la fin des conflits les droits à la santé, à l’alimentation, à l’éducation, ou encore au logement des populations touchées. Le rapport décrit comment les terres polluées (ou simplement soupçonnées de l’être) contribue à l’isolement des communautés des éléments essentiels de la vie quotidienne. Peggy Hicks, directrice de la Division des activités thématiques et des procédures spéciales du HCDH raconte “Des études ont montré un retard de développement dans les régions contaminées par des engins explosifs”. Elle rajoute aussi que “La pollution par les mines et les explosions nuisent aux écosystèmes, détruisent les sols productifs, déclenchent des incendies de forêt, tuent la faune, empêchent la conservation des forêts et contaminent les sources d’eau.” En Ukraine, par exemple, la pollution causée par les mines antipersonnel a rendu inutilisable une zone estimée contenir environ un dixième des terres agricoles les plus fertiles du monde. Le coût très élevé du déminage contribue à la persistance sur le long terme des mines dans les sols. Par exemple, en 2026 le montant nécessaire au déminage en Ukraine a été estimé à environ 37,6 milliards de dollars américains.
Le retrait de cinq pays européens du traité d’Ottawa en contradiction avec la position de l’UE
Le traité d’Ottawa, aussi connu sous le nom de Convention sur l’interdiction des mines antipersonnel est entré en vigueur le 1er mars 1999 et comprend plus de 150 pays aujourd’hui. Une trentaine d’états n’ont cependant jamais adhéré à la convention, parmi lesquels les grands producteurs de mines, comme la Russie, les États-Unis ou encore la Chine.
Tous les États membres de l’UE avaient jusqu’à présent adhéré au traité. Bien que l’UE a réaffirmé plusieurs fois sa position favorable à l’universalisation et à la mise en œuvre de la Convention, une tendance inverse se dégage des pays frontaliers avec la Russie. Le 20 février 2026, la Pologne a annoncé son retrait du traité, rejoignant la Finlande, l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie qui l’avaient fait un an plus tôt. Dovile Sakaliene, ministre lituanienne de la Défense, avait alors déclaré par un communiqué sur Facebook que « Les États ayant une frontière avec la Russie sont prêts à prendre toutes les mesures possibles pour assurer la sécurité de leurs citoyen ». L’Ukraine aussi a annoncé son retrait du traité en 2025, traité qu’elle avait déjà violé en 2024 en acceptant de recevoir ce type d’armes de la part des États-Unis. Human Rights Watch souligne à juste titre que ces retraits mettent inutilement la vie de civils en danger dans la mesure où ils représentent 90% des victimes de ce type d’arme.
Handicap International intensifie sa campagne contre les mines antipersonnel : « The Nobel Piece »
Handicap International est l’une des associations cofondatrices de la « Campagne internationale pour interdire les mines antipersonnel » qui avait conduit à l’adoption du Traité d’Ottawa. Elle a été récompensée par le prix Nobel de la paix en 1997. En avril 2026 dans le cadre de la campagne « The Nobel Piece », Handicap International a découpé son prix Nobel et a envoyé ses fragments aux cinq pays européens qui se sont retirés du traité. Ce mois-ci l’association a interpellé la France, qui préside le Conseil de sécurité de l’ONU. Elle a demandé au président français de défendre publiquement le Traité d’Ottawa, de condamner l’utilisation des mines antipersonnel, et de citer nommément ce texte dans son discours à la tribune de l’Assemblée générale des Nations Unies le 22 septembre. Aujourd’hui, Handicap International regrette que la réponse d’Emmanuel Macron ne comporte pas d’engagement précis sur les demandes qu’elle lui avait formulé. L’association relancera samedi 26 septembre la campagne de sensibilisation des « Pyramide de chaussures » qu’elle organise chaque année depuis trente ans.
L’État de droit : traité comme un menu à la carte ?
En janvier 2026, le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres dénonçait de nombreuses situations dans lesquelles « l’État de droit est traité comme un menu à la carte ». Le recul du traité d’Ottawa s’inscrit dans cette tendance mondiale de crise du droit international, observable de Gaza à l’Ukraine, ou encore du Sahel au Myanmar.