Enseignement francophone : une mobilisation sociale entre austérité budgétaire, contestation démocratique et violences policières

Sur la lancée des mobilisations contre le gouvernement fédéral Arizona, le monde enseignant francophone s’est mobilisé contre les mesures d’économies portées par le gouvernement MR–Les Engagés de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Les manifestations des 4 et 5 juin ont cristallisé cette opposition, mêlant dénonciation de l’austérité budgétaire, accusations de passage en force parlementaire et critiques de la gestion policière des rassemblements.

La coupe budgétaire prévu par la Fédération Wallonie-Bruxelles au centre des débats

Ce mouvement de contestation des enseignant·es trouve son origine dans l’annonce, par le gouvernement MR–Les Engagés de la Fédération Wallonie-Bruxelles, d’un ensemble de mesures de rigueur budgétaire visant le système éducatif francophone belge. À l’instar du gouvernement fédéral Arizona, l’exécutif de la FWB affirme poursuivre un objectif de rééquilibrage des comptes publics, avec environ 300 millions d’euros d’économies prévues dans l’enseignement au cours des prochaines années.

Parmi les mesures les plus contestées figurent notamment :

  • Augmentation du temps d’enseignement pour certains postes dans le secondaire, jusqu’à environ deux heures supplémentaires par semaine
  • Hausse de 10 % du temps de travail sans augmentation salariale pour les enseignant·es des trois dernières années du secondaire
  • Modification des règles de titularisation et de recrutement
  • Limitation du droit au temps partiel après un retour de congé pour maladie grave
  • Augmentation du minerval jusqu’à 1 200 euros
  • Réduction des investissements prévus pour la rénovation des bâtiments scolaires

C’est en réaction à ce décret-programme 2 que les syndicats CSC-Enseignement, FGTB et CGSP ont constitué un front commun de mobilisation. Celui-ci s’est structuré à partir du 9 avril 2026, lors d’une large manifestation ayant rassemblé entre 10 000 et 15 000 personnes selon les organisateur·rices. Depuis, les actions se sont multipliées, entre grèves reconduites jusqu’au début du mois de juillet, manifestations successives et campagne numérique portée par le hashtag #RévolutionDesCraies.

Un déni de démocratie dénoncé par les syndicats et l’opposition au parlement

Les manifestations des 4 et 5 juin 2026 à Bruxelles, Namur et dans plusieurs villes de Wallonie se sont inscrites dans un contexte de forte tension politique autour de l’adoption du décret-programme 2 de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Elles sont intervenues immédiatement après ce que les organisations syndicales et plusieurs partis d’opposition ont dénoncé comme un déni de démocratie. Au cœur de la controverse figure la décision du gouvernement de la FWB de maintenir le vote du décret au 4 juin malgré les demandes de report dans le contexte de la contestation sociale en cours.

Selon la CSC-Enseignement, la Conférence des présidents du Parlement de la FWB a dérogé aux dispositions du règlement prévoyant un délai de 84 heures entre l’adoption du rapport de commission et son examen en séance plénière, délai destiné à permettre aux parlementaires de prendre pleinement connaissance du texte avant le vote.

Pour les syndicats et l’opposition, cette décision a constitué un passage en force réduisant la qualité du débat démocratique sur une réforme pourtant largement contestée. La majorité MR–Les Engagés rejette toutefois cette interprétation et estime avoir agi dans le respect de l’idée qu’ils se font du travail parlementaire, tout en justifiant cette dérogation par la nécessité de faire aboutir les travaux face aux stratégies d’obstruction qu’elle attribue à l’opposition.

Dans ce contexte particulièrement polarisé, les manifestations des 4 et 5 juin ont pris une dimension dépassant la seule contestation du contenu de la réforme pour devenir également une mobilisation en faveur du respect des procédures démocratiques et du dialogue social.

Des manifestations entâchées par des violences policières

Ces manifestations ont été aussi marquées par un usage particulièrement important de la force par les forces de l’ordre. Le recours aux canons à eau, aux gaz lacrymogènes et aux matraques a suscité de vives critiques quant à la gestion policière des rassemblements.

Plusieurs participant·es disent avoir été profondément choqué·es par les événements, évoquant des jeunes parfois âgés de 12 ou 13 ans, ainsi que des adultes tentant de les protéger, qui auraient été « poursuivis, gazés, matraqués et arrêtés » au cours d’opérations policières ayant duré plusieurs heures. Ces derniers jours, de nombreux témoignages ont également fait état d’insultes, de propos humiliants et d’un usage disproportionné de la force à l’égard de mineurs. Des propos racistes et sexistes ont aussi été rapportés.

Selon les chiffres communiqués par les autorités, les événements du 4 juin et 5 juin ont conduit à 23 arrestations dont 17 mineurs à Bruxelles, ainsi que 14 arrestations de mineurs à Namur.

En réaction à ces violences policières, les collectifs Mars Attacks, Parents Attacks, Students Attacks et Écoles en lutte ont appelé la société civile à marcher pacifiquement dans les rues de Bruxelles lundi dernier.

Cette marche a rassemblée environ 2 500 personnes qui se sont ainsi retrouvées devant le palais de justice avant de défiler dans les rues de la capitale, les participant·es brandissaient des pancartes telles que « Mes profs, mes héros » ou encore « La violence n’est pas la démocratie ».

 

Inscription à notre newsletter