Racisme et pouvoir des mots : zoom sur le colloque organisé par le Conseil bruxellois pour l’élimination du racisme

Le 25 mars, s’est tenu au Parlement de la Région Bruxelles-Capitale le colloque « Les mots du racisme». Cette rencontre a porté sur le rôle du langage dans la construction des discriminations et a mis en lumière la manière dont les mots, volontairement ou non, peuvent participer à des formes de racisme. 

Comprendre que le racisme est un phénomène multifactoriel  

Comprendre le racisme implique d’abord de reconnaître qu’il s’agit d’un système de domination profondément ancré, qui traverse et influence l’ensemble des sphères de la société. Les discriminations en sont l’expression : elles résultent de comportements, d’actions, de politiques, de normes mais aussi, et souvent de manière sous-estimée, du pouvoir des mots. 

Les mots portent un poids important et la banalisation des mots ou des expressions peuvent alimenter le racisme.  

Comme l’ont expliqué les intervenantes, le racisme s’inscrit dans une mécanique historique ancienne. Dès le Moyen Âge, en Espagne, des processus de différenciation puis d’exclusion se mettent en place à l’encontre des populations juives et musulmanes : elles sont contraintes soit de quitter le territoire, soit de se convertir au christianisme. 

Cette logique de classification et d’élimination constitue l’un des premiers fondements des systèmes raciaux modernes. À partir du XVIII siècle, apparaissent des théories visant à classer et hiérarchiser les individus, ce qui renforce et légitime encore davantage ce système de domination. 

La déshumanisation des personnes commence souvent par les mots : la parole peut devenir une arme puissante dirigée contre autrui. 

Le langage comme miroir des dynamiques sociales 

Le langage, les mots, les expressions sont puissantes car ils portent une histoire et révèlent notre manière de penser. En effet, les clichés et préjugés que nous avons viennent du monde dans lequel nous vivons. Lorsqu’ils sont appliqués aux personnes, ils donnent naissance à la discrimination.  

Ces clichés et préjugés sont dangereux car, comme l’ont souligné les intervenantes, ils envahissent le débat politique et les réseaux sociaux, contribuant ainsi à stigmatiser les personnes visées. 

En Belgique, les discriminations raciales restent un problème majeur. En 2024, environ 31 % des dossiers traités par Unia  concernaient des critères liés à la race, tels que l’origine, la couleur de peau ou la nationalité. Les secteurs les plus touchés sont l’emploi (29 %), les biens et services (19 %) et la vie sociale. Parmi les personnes d’origine subsaharienne, près de 70 % déclarent avoir été confrontées au racisme. 

Le colloque a rappelé que les mots ne sont jamais neutres : ils reflètent notre société, peuvent renforcer les stéréotypes et alimenter les discriminations. Comprendre leur impact est essentiel pour déconstruire le racisme et promouvoir une société plus juste et inclusive. 

 

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