Le 9 mars 2026, le Parlement européen a validé un projet de règlement sur les centres de retour pour les migrant·e·s. Ce texte ouvre la voie à l’externalisation des expulsions vers des pays tiers. Une évolution majeure de la politique migratoire européenne, déjà contestée.
Une réforme pour accélérer les expulsions
Les députés de la commission des Libertés Civiles du Parlement européen ont validé le 9 mars 2026 un projet de règlement sur les retours migrant·e·s, déposé par la Commission en mars 2025. Ce texte s’inscrit dans la réforme globale de la politique migratoire de l’Union européenne et vise à augmenter les expulsions de personnes en situation irrégulière.
Il introduit plusieurs mesures structurantes :
- Création de centres de retour migrants dans des pays tiers
- Renforcement des obligations de coopération
- Allongement possible de la détention
- Reconnaissance mutuelle des décisions d’expulsion
L’objectif est clair : rendre les procédures de retour plus rapides et effectives à l’échelle européenne. Le 26 mars 2026, les eurodéputés ont confirmé cette orientation en séance plénière, en validant la prochaine étape du processus législatif : l’ouverture de négociations interinstitutionnelles sur le règlement “retours”.
Une politique d’externalisation assumée
La réforme confirme un tournant vers l’externalisation des politiques migratoires. L’Union européenne envisage désormais de transférer hors de son territoire une partie de la gestion des personnes déboutées du droit d’asile.
Ces centres de retour pour migrant·e·s, aussi appelées « hubs de retour », permettrait d’accueillir des personnes avant leur expulsion vers leur pays d’origine. Cette logique repose sur un objectif dissuasif, défendu par plusieurs États membres.
Au-delà des aspects techniques, cette évolution traduit aussi un déplacement du centre de gravité de la politique migratoire européenne : la priorité se déplace de la protection vers la dissuasion et le contrôle des flux.
L’exemple italien en Albanie : entre modèle et controverse
Les centres mis en place par l’Italie en Albanie illustrent concrètement cette orientation. Situés à Shëngjin et Gjadër, ils accueillent des migrant·e·s secouru·e·s en mer avant l’examen de leur situation. Le dispositif prévoit leur transfert en Albanie, où sont menés des procédures accélérées d’asile et, en cas de refus, l’organisation du retour. Ces centres sont les premiers exemples de hubs de retour à l’échelle européenne.
Mais ce modèle fait l’objet de critiques importantes. Un rapport de l’ONG Action Aid et de l’Université italienne de Bari souligne des coûts élevés et une efficacité limitée. Il met aussi en avant un recours accru à la détention et des risques pour les droits fondamentaux.
Plus largement, plusieurs ONG alertent sur les conditions d’enfermement et sur la possibilité de violations des droits humains. L’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne insiste sur la nécessité de garanties strictes pour éviter toute zone de non-droit, y compris en dehors du territoire de l’Union.
L’Union européenne face à un recul du droit d’asile
Le vote du 9 mars 2026 illustre le durcissement de la politique migratoire européenne. Le texte a été adopté grâce à une alliance entre la droite et l’extrême droite, confirmant la droitisation du débat migratoire au sien des institutions européennes.
Le droit d’asile constitue pourtant l’un des fondements normatifs du projet européen, indissociable de l’Etat de droit et du respect de la dignité humaine. En ouvrant la voie à des centres de retour pour migrant·e·s dans des pays tiers, l’Union européenne transforme une obligation de protection en un instrument de dissuasion. L’efficacité administrative ne peut devenir le nouveau critère de la protection internationale.