Transferts vers l’Italie : le nouvel équilibre européen entre responsabilité et solidarité

La reprise des transferts vers l’Italie interroge le nouvel équilibre européen entre responsabilité et solidarité. Au-delà des procédures, cette évolution soulève une question essentielle : quelle place pour les personnes au cœur du système d’asile ? 

L’Italie, au cœur d’un nouveau débat sur l’asile 

Depuis l’entrée en application du Pacte européen sur la migration et l’asile, le 12 juin 2026, la question de la responsabilité des États membres dans l’accueil des demandeur·euse·s d’asile revient au centre du débat européen. Plusieurs pays, dont l’Allemagne, l’Autriche, la Suisse, la Finlande et, plus récemment, la Suède, ont annoncé leur volonté de reprendre les transferts vers l’Italie de demandeur·euse·s d’asile entrés dans l’Union européenne par son territoire. Après une suspension de fait des transferts entrants depuis 2022, l’Italie se retrouve ainsi à nouveau au cœur du mécanisme européen de détermination de l’État responsable d’une demande de protection internationale. La Commission européenne a d’ailleurs souligné, dès juillet 2026, la nécessité pour l’Italie de lever les obstacles à la mise en œuvre effective de ces transferts. 

L’Italie, pays d’arrivée majeur aux frontières extérieures de l’Union, a longtemps été l’un des principaux États concernés par le mécanisme de responsabilité prévu par le système de Dublin. Pourtant, les transferts vers l’Italie avaient fortement diminué ces dernières années : une circulaire de l’unité Dublin italienne avait temporairement suspendu, depuis la fin de 2022, les transferts entrants, à l’exception notamment des cas de réunification familiale de mineurs non accompagnés. La situation évolue avec la pleine application du Pacte. Selon les données de la presse européenne, plus de 109.000 demandes de transfert vers l’Italie ont été adressées entre 2023 et 2025, illustrant l’ampleur potentielle du phénomène. 

Le cas italien met ainsi en lumière la principale tension au cœur du nouveau Pacte : comment concilier la responsabilité de l’État chargé d’examiner une demande d’asile avec une véritable solidarité entre les États membres ? 

Entre responsabilité et solidarité

Pour comprendre ces transferts, il faut revenir au fonctionnement du système européen d’asile. Jusqu’en juin 2026, le règlement Dublin III déterminait quel État membre était responsable de l’examen d’une demande de protection internationale, en s’appuyant notamment sur le principe selon lequel le pays de première entrée dans l’Union pouvait être tenu responsable de la demande.  

La principale nouveauté réside dans l’introduction d’un mécanisme permanent de solidarité entre les États membres : ceux/celles confrontés à une pression migratoire peuvent désormais bénéficier de contributions sous différentes formes, notamment par la relocalisation de demandeur·euse·s d’asile, des contributions financières ou d’autres mesures de soutien. Le Pacte cherche ainsi à établir un nouvel équilibre entre deux principes jusqu’ici difficiles à concilier : la responsabilité de l’État chargé d’examiner une demande et la solidarité entre les États membres. 

 

La solidarité européenne à l’épreuve des droits 

La réussite du nouveau système ne pourra donc pas être évaluée uniquement sur la base de l’efficacité des procédures, mais aussi de sa capacité à protéger les droits des personnes en quête de protection. 

Dans le langage administratif européen, les individus deviennent rapidement des « demandes » ou des « transferts » à répartir entre États membres. Pourtant, derrière ces procédures se trouvent des personnes qui peuvent déjà avoir construit des liens sociaux, familiaux ou personnels dans le pays où elles se trouvent, et pour lesquelles un transfert peut représenter une nouvelle rupture dans un parcours migratoire souvent déjà marqué par l’instabilité.  

Les transferts prévus par le droit européen et leur mise en œuvre doit tenir compte de la situation individuelle de chaque personne, de ses vulnérabilités et de ses droits fondamentaux, ainsi que des conditions d’accueil dans l’État vers lequel elle est transférée. Le véritable défi du Pacte sera donc de dépasser une conception purement administrative de la solidarité : partager la responsabilité entre États ne devrait pas oublier celles et ceux qui se trouvent au cœur du système européen d’asile. 

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