Conjuguer parentalité et emploi, la dure équation imposée aux femmes

Le 21 mai dernier, Actiris a publié une étude consacrée à établir l’impact de la parentalité sur l’emploi des individus âgés de 25 à 49 ans. Que la parentalité soit vécue en couple ou de manière isolée, les femmes sont les principales victimes d’une répartition encore genrée des tâches domestiques. 

L’impact de la parentalité sur l’emploi des femmes

L’étude d’Actiris met en évidence une réalité particulièrement frappante : la parentalité constitue à elle seule un déterminant majeur de l’accès à l’emploi des femmes.

Avant l’arrivée d’un enfant, les écarts entre femmes et hommes sont pourtant presque inexistants. Le taux d’emploi des femmes sans enfants atteint 77,3 %, contre 78,2 % pour les hommes sans enfants.

L’écart initial n’est donc que de 0,9 point de pourcentage.

Cette situation change radicalement avec la parentalité. Alors que le taux d’emploi des hommes augmente dès l’arrivée du premier enfant, celui des femmes chute fortement.

Le taux d’emploi des mères passe d’environ 77 % à 59 %, créant un écart de près de 26 % avec les hommes. Cette différence illustre le poids encore largement supporté par les femmes dans la prise en charge des tâches familiales et domestiques.

La situation bruxelloise apparaît particulièrement préoccupante. L’impact de la parentalité sur le taux d’emploi des femmes y est beaucoup plus marqué que dans les autres régions du pays.

À Bruxelles, la perte atteint 18,5 points de pourcentage, contre seulement 3,9 points en Flandre et 3,8 points en Wallonie. Ces chiffres montrent que les conséquences professionnelles de la maternité sont particulièrement fortes dans la capitale.

La surreprésentation des femmes dans les familles monoparentales

Les difficultés rencontrées par les femmes sur le marché du travail s’accentuent encore davantage dans les situations de monoparentalité.

Les familles monoparentales ne représentent pas la majorité des structures familiales. Elles constituent environ 12,2 % des familles en Wallonie et 11,6 % à Bruxelles.

Cependant, en cas de monoparentalité, ce sont dans une immense majorité des cas les femmes qui assument seules la charge des enfants. À Bruxelles, 87 % des familles monoparentales sont composées de mères seules.

Cette réalité a des conséquences directes sur l’emploi. Le passage d’une situation de mère en couple à celle de mère solo entraîne une perte de 7 points de pourcentage du taux d’emploi.

L’écart devient encore plus important lorsqu’on compare les mères seules aux femmes sans enfants : le taux d’emploi chute de 77 % à 54 %, soit une différence de 23 points.

Ces difficultés sont d’autant plus marquées que les mères seules sont également plus vulnérables sur le plan socio-économique. Bien que les femmes âgées de 25 à 49 ans soient globalement plus diplômées que les hommes, les mères seules disposent en moyenne d’un niveau de qualification inférieur à celui des femmes en couple avec enfants. Ainsi, 35,3 % des mères seules sont peu qualifiées, contre 24,5 % des mères en couple.

Une division genrée et transgénérationnelle des tâches domestiques qui mène à la paupérisation des femmes

Ces données mettent en évidence la persistance d’une division genrée des tâches domestiques et familiales. Les représentations sociales qui associent encore les femmes au travail domestique non rémunéré continuent d’avoir des conséquences concrètes sur leur autonomie économique.

Ces stéréotypes sexistes semble également traverser les générations. Dans une précédente publication, PLS a étudié le rapport d’Ipsos réalisé avec The Global Institute for Women’s Leadership. Ce dernier montre qu’une grande partie des hommes de la Génération Z déclarent que les femmes devraient se chargé du soin à l’enfant (43% en Grande-Bretagne). Ce constat révèle une continuité transgénérationnelle et internationale des représentations genrées.

Le fait que 87 % des familles monoparentales bruxelloises soient composées de mères plutôt que de pères illustre clairement cette réalité. Les femmes restent majoritairement considérées comme les principales responsables des enfants et des tâches domestiques, souvent au détriment de leur carrière professionnelle.

L’étude d’Actiris démontre également le lien direct entre monoparentalité et paupérisation des femmes. Plus une personne consacre de temps aux tâches domestiques non rémunérées, moins elle dispose de temps pour une activité professionnelle rémunérée. Comme l’explique Ramon Linscheer, conseiller emploi :

« Elles [les mères] ne veulent pas travailler à temps plein parce qu’elles ont ces tâches de soin. Cela a bien sûr aussi un impact sur le type de contrats que l’on obtient. […] Cela signifie aussi qu’il y a des conséquences financières. »

Cette réalité touche encore plus durement les femmes déjà en situation de fragilité sociale. Le niveau de diplôme joue un rôle déterminant.

Chez les femmes hautement qualifiées, le taux d’emploi passe de 85 % sans enfant à 78,6 % en situation monoparentale, soit une diminution d’environ 6 points. Pour les femmes faiblement qualifiées, la chute est beaucoup plus importante : le taux d’emploi passe de 44 % à 32 %, soit une perte de 12 points.

L’origine des femmes accentue également ces inégalités. La différence de taux d’emploi entre une femme belge sans enfant et une femme belge monoparentale est de 4,7 points. Pour une femme originaire d’un pays hors Union européenne, cette différence atteint 25,5 points.

L’ensemble de ces éléments montre les limites d’une approche purement juridique de l’égalité entre les femmes et les hommes. Même lorsque les droits sont formellement garantis, les représentations sexistes et les inégalités dans la répartition des tâches domestiques continuent de produire des effets sociaux et économiques mesurables. Elles contribuent notamment à la surreprésentation des femmes dans les emplois à temps partiel et dans les situations de précarité économique.

 

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